Ce que le violon m'a appris sur ce chemin
Pendant vingt-cinq ans, mon corps a été mon instrument au même titre que mon violon. Puis il y a eu la maladie de Lyme, et dans son sillage une fibromyalgie — cette douleur diffuse, cette fatigue qui ne se voit pas, que personne autour de moi ne pouvait deviner en me regardant jouer sur scène.
Je m'en suis sorti seul, par essais et erreurs, sans savoir à l'époque que ce que je faisais avait un nom : la neuroplasticité. Je recommençais à jouer dix minutes, pas une heure. Je réapprenais à écouter mon corps avant de l'écouter me dire qu'il avait mal. C'est cette expérience, bien plus que n'importe quel livre, qui m'a donné l'idée du cabinet.
La neuroplasticité, en langage simple
La neuroplasticité, c'est la capacité du cerveau à créer de nouvelles connexions tout au long de la vie, et pas seulement pendant l'enfance (Futura-Sciences). Après une lésion ou une maladie, certains circuits sont endommagés ou mis en sommeil — mais le cerveau peut, dans une certaine mesure, en recruter d'autres pour compenser.
C'est exactement ce que fait un musicien qui travaille un passage difficile : au début, chaque geste est conscient, coûteux, hésitant. Répété avec justesse et régularité, il devient fluide, presque automatique. Le cerveau a tracé un nouveau chemin. La reprise d'activité après une maladie chronique peu visible suit la même logique : on ne « repart » pas comme avant, on reconstruit un chemin, souvent différent de l'ancien.
Ce que dit vraiment la recherche
La neuroplasticité suscite beaucoup d'espoir dans le covid long et la fatigue chronique, et des approches de « rééducation du cerveau » se sont multipliées (Experience Life ; Psychology Today). C'est une piste sérieuse, mais elle mérite d'être regardée sans excès de promesses.
Un grand essai récent sur le covid long a testé un programme de ce type à large échelle, et ses résultats invitent à la prudence plus qu'à l'enthousiasme béat (Health Rising). Dans l'épuisement professionnel aussi, les travaux sur les fonctions exécutives montrent un cerveau qui peut se réorganiser, mais pas du jour au lendemain (NeuronUp ; Audavia).
Ce que j'en retiens, en tant que coach et comme ancien malade : la neuroplasticité n'est pas une baguette magique. C'est un terrain favorable, qui ne donne des résultats qu'avec de la régularité, du temps, et surtout l'acceptation qu'il n'y a pas de ligne droite.
Zoom : trois pistes psychologiques (Psychology Today)
Le psychologue clinicien Jake Hollis, dans cet article, propose trois leviers pour la fatigue chronique et le covid long :
- Se construire une compréhension cohérente de sa maladie — sortir du « rien à faire » pour retrouver un sentiment de prise sur la situation.
- Changer sa relation aux symptômes — un cerveau devenu hypersensible peut entretenir un symptôme même sans lésion ; répondre par la peur crée un « cycle symptôme-peur » qui l'amplifie.
- S'exposer progressivement à l'activité — par petites « expériences correctrices » (son exemple : lire une seule page de BD, puis se reposer) qui mettent à jour, pas à pas, ce que le cerveau attend du corps.
À noter : l'auteur s'appuie surtout sur sa pratique clinique et son expérience personnelle, pas sur des essais détaillés pour ces trois pistes précises — une piste à explorer, pas une méthode validée.
Reprendre, ce n'est pas revenir en arrière
Un violoniste qui a arrêté de jouer pendant plusieurs mois ne retrouve pas son niveau en une seule séance, même s'il connaît la partition par cœur. Le corps a changé, l'endurance a changé, et vouloir rejouer comme avant, tout de suite, est la meilleure façon de se blesser — ou de se décourager.
C'est très exactement ce que vivent les personnes atteintes de fibromyalgie, de covid long ou sorties d'un burn-out quand elles veulent reprendre leur activité professionnelle. La tentation est de viser le rythme d'avant. Mais la performance n'est pas l'absence de contrainte, c'est l'art de composer avec elle. On ne rejoue pas l'ancien morceau à l'identique : on en écrit une nouvelle interprétation, avec ce que le corps peut donner aujourd'hui.
Quelques pistes pour une reprise progressive
- Commencer petit, et le tenir : une durée ou une charge que l'on peut répéter plusieurs jours de suite sans rechute, plutôt qu'une bonne journée suivie de deux jours au lit.
- Augmenter par paliers, jamais dans l'urgence de « rattraper le temps perdu ».
- Accepter les jours plus difficiles comme faisant partie du chemin, pas comme un échec ou un retour en arrière.
- Garder une trace simple de ce qui a été fait et de comment le corps a réagi, pour ajuster le palier suivant plutôt que d'avancer à l'aveugle.
- S'appuyer sur un regard extérieur — coach, médecin, entourage — pour tenir le rythme choisi quand l'envie de forcer reprend le dessus.
- Varier les terrains d'essais : ne pas tester sa tolérance sur un seul type d'effort ou de situation, mais sur plusieurs.
En conclusion : le rôle du coach
Ces pistes ne suffisent pas si elles restent théoriques. Il faut aussi varier les terrains d'essai — ne pas tester sa tolérance uniquement sur un seul type d'effort ou de situation, mais sur plusieurs, pour que le cerveau apprenne à généraliser et pas seulement à se rassurer sur un cas précis. Et surtout, trouver les bons leviers de motivation : ceux qui tiennent dans la durée, propres à chaque personne, et qui donnent une raison de continuer les jours où la progression ne se voit pas.
C'est précisément là que se situe l'accompagnement du coach : non pas dicter le programme, mais aider à choisir les bons terrains, à identifier ce qui motive vraiment la personne, et à tenir ce cap avec elle quand la motivation seule ne suffit plus.
Ce dernier point est, à mes yeux, le plus essentiel. Seules les activités choisies avec soin, pour l'importance réelle et profonde qu'elles représentent pour la personne, peuvent déclencher un levier de motivation suffisamment puissant pour transcender la douleur ou les facteurs incapacitants qui freinent la reprise. C'est ce que défendait Viktor Frankl avec la logothérapie : ce n'est pas le plaisir ni la volonté de puissance qui porte un être humain, mais la quête de sens — et la souffrance devient supportable dès qu'elle en trouve un. C'est tout le travail du coach : aider la personne à identifier ce qui compte vraiment pour elle, pas à lui imposer un programme générique de reprise.
« Celui qui a un pourquoi pour vivre peut supporter presque n'importe quel comment. » — Nietzsche, repris par Frankl